Manger plus sain fait-il gaspiller plus d’aliments ? Ce que montre une nouvelle revue

Acheter davantage de fruits, de légumes et d’autres produits frais peut avoir un inconvénient très concret : certains risquent de s’abîmer avant d’être consommés. Faut-il en conclure qu’une alimentation plus saine entraîne davantage de gaspillage alimentaire ?

Pas si vite. Une nouvelle revue systématique publiée dans Future Foods montre que le lien est beaucoup plus complexe. Les aliments frais peuvent effectivement être davantage exposés au gaspillage en raison de leur caractère périssable, mais les choix alimentaires ne suffisent pas à expliquer ce qui finit à la poubelle. Les quantités achetées, la planification et la gestion des aliments après l’achat sont tout aussi importantes.

Que montre exactement cette revue systématique ?

Les chercheurs ont retenu 22 études scientifiques évaluées par les pairs, publiées jusqu’en mars 2025 et identifiées dans cinq bases de données. La sélection a suivi les recommandations PRISMA et la qualité méthodologique des études a été évaluée avec le MMAT.

Les auteurs constatent cependant que les connaissances sur le lien entre alimentation saine et gaspillage domestique restent limitées et fragmentées. Il serait donc incorrect de résumer le résultat par « manger sainement fait gaspiller davantage ».

Pourquoi les fruits et légumes sont-ils particulièrement concernés ?

Leur principale particularité est leur durée de conservation. Les fruits et légumes frais continuent d’évoluer après l’achat et certains peuvent se dégrader rapidement. Si les quantités achetées dépassent ce que le foyer peut réellement consommer, le risque de gaspillage augmente.

Ce n’est donc pas nécessairement parce qu’un aliment est « sain » qu’il est davantage gaspillé, mais parce qu’il peut être plus périssable et demander une gestion plus attentive.

Peut-on manger sainement tout en réduisant le gaspillage ?

Oui. La revue montre que les choix alimentaires considérés comme favorables à la santé peuvent aussi être associés à moins de gaspillage lorsque les achats et la gestion à domicile sont adaptés.

Planifier les repas, vérifier ses stocks et savoir utiliser les ingrédients disponibles sont justement des compétences que nous avions déjà abordées dans notre analyse sur le lien entre savoir cuisiner et réduire le gaspillage alimentaire. Autrement dit, la composition du panier ne constitue qu’une partie du problème.

Acheter la bonne quantité compte autant que choisir le bon produit

En France, l’ADEME recommande notamment de vérifier ce que l’on possède déjà avant les courses, d’établir une liste et de prévoir les repas afin d’éviter les achats en double ou les quantités difficiles à consommer. Elle conseille également d’organiser réfrigérateur et placards de façon à rendre visibles les produits à consommer en priorité. Ces conseils font partie de ses solutions destinées à réduire le gaspillage alimentaire à la maison.

C’est précisément le type de mécanisme que la nouvelle revue met en avant : l’effet des aliments frais dépend beaucoup de ce qui se passe après leur achat.

Bien conserver les produits frais peut changer la donne

Acheter la bonne quantité ne suffit pas si les aliments sont ensuite mal conservés. La température, le degré de maturité et le type de fruit ou de légume peuvent modifier leur durée de vie.

Nous avions par exemple consacré un article à une étude sur la conservation des fruits près de leur point de congélation. Les résultats ne constituent pas une consigne pour régler le réfrigérateur domestique à une température particulière, mais ils illustrent bien un principe général : les conditions de stockage jouent un rôle important dans l’évolution de la qualité des produits frais.

Le vrai risque est le décalage entre achats et consommation

Imaginez deux foyers qui achètent exactement les mêmes légumes. Le premier sait déjà comment ils seront répartis sur plusieurs repas. Le second les achète sans plan particulier et continue ensuite à acheter d’autres produits frais au cours de la semaine.

Le contenu du panier initial est identique, mais le risque de gaspillage ne l’est pas. C’est pourquoi les auteurs de la revue proposent de considérer ensemble les choix alimentaires, les décisions d’achat et les pratiques de gestion après achat.

Faut-il acheter moins de fruits et légumes pour moins gaspiller ?

Non. Ce serait une mauvaise interprétation du travail scientifique. L’objectif n’est pas d’opposer alimentation saine et réduction du gaspillage, mais de rendre les deux compatibles : acheter les quantités adaptées, conserver correctement les aliments et ajuster les repas lorsque certains produits doivent être consommés rapidement.

À retenir

La revue ne montre pas qu’une alimentation saine entraîne mécaniquement davantage de gaspillage. Elle montre surtout qu’avec des aliments frais et périssables, la gestion domestique devient particulièrement importante. Acheter davantage de fruits et légumes n’est donc pas en soi le problème. Le risque apparaît surtout lorsque les quantités, le rythme de consommation et les conditions de conservation ne correspondent pas.

FAQ

Manger plus sainement fait-il gaspiller davantage ?

La revue ne permet pas de l’affirmer. Les résultats varient selon les contextes et dépendent notamment de la gestion des aliments après l’achat.

Pourquoi les fruits et légumes sont-ils souvent concernés par le gaspillage ?

Parce qu’ils sont généralement plus périssables et peuvent perdre rapidement leur qualité s’ils sont achetés en trop grande quantité ou mal conservés.

Comment limiter le gaspillage de produits frais ?

Il est utile de vérifier ses stocks avant les courses, de prévoir les repas, d’acheter des quantités réalistes et de consommer en priorité les produits les plus fragiles.

Faut-il éviter les aliments frais pour produire moins de déchets ?

Non. L’enjeu est d’adapter les achats et la conservation, pas de remplacer systématiquement les aliments frais par des produits de longue conservation.

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